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Rendre Hommage

15 juin 2020

Rendre Hommage

Nous sommes encore émus de ces hommages rendus à des personnes qui ont marqué notre temps par leurs actions, leurs pensées, leurs spiritualités ou bien qui ont été broyées par des événements tragiques ou des personnes désinvesties d’humanité et de conscience à un moment donné.

Au cœur de l’actualité médiatique, la tragédie qu’a vécu George Floyd a unifié, dans un grand cri, manifestants, policiers et tous les chercheurs de dignité des droits de l’Homme. Ce simple geste posé par certains policiers, en déposant un genou à terre devant les manifestants a ravivé la flamme de la fraternité.  Au-delà des rôles, des ordres, des distanciations sociales et mondaines, un message fort a été envoyé à toute l’humanité. Ce qui nous unit sera toujours plus fort que ce qui nous divise. Cet acte qui pourrait paraître, pour certains, comme un acte de soumission, est devenu un geste libérateur de communion, de compassion, d’humanité. A la suite d’hommes et de femmes qui ont osé vivre et assumer la non-violence, comme Martin Luther King, Nelson Mandela, Malala Yousafzai, et bien d’autres, l’histoire s’écrit encore aujourd’hui.

L’hommage rendu à cet homme, George Floyd, inconnu jusqu’alors, a laissé raisonner dans différents pays, un hommage à toutes les victimes de violences, quelles qu’elles soient. Nous sommes tous concernés par cette violence qui, comme un animal aux aguets, peut surgir à tout moment dans nos vies, selon les circonstances et nous entrainer à des actes lourds de conséquences.  A l’âge de 16 ans, et devant les nations unis, Malala Yousafzai, prix Nobel de la paix en 2014, dira : « La meilleure façon de résoudre des problèmes et de lutter contre la guerre est par le dialogue et l’éducation ».

Oui, l’Éducation est une pierre d’angle de nos sociétés et des enjeux mondiaux qui se présentent à nous. Comment ne pas rendre hommage à Paul Malartre, l’ancien Secrétaire Général de l’Enseignement Catholique qui est parti rejoindre « la maison du Père ». Homme de passion, qui avait l’intuition que l’école doit s’adapter aux jeunes, dans le contexte de la société dans laquelle ils vivent. Eduquer, disait-il, « c’est poser un acte d’espérance, c’est croire que rien n’est définitivement joué ! » Traversé par l’esprit de résilience, mais peut être aussi en tant qu’homme de foi, par le dynamisme de la Résurrection du Christ, ses idées, son énergie, sa pensée, restent graver dans l’histoire de l’Éducation.  Invité au Colloque des Sœurs de la Présentation, dont le thème était, « le défi de la rencontre », il avait assuré le fil rouge de ces journées, avec humour, expérience et enthousiasme. Le pétillant de son regard et la lucidité de ses propos, restent gravés dans nos mémoires.

Rendre hommage à toute personne, c’est déceler en elle, ce parfum d’éternité, de don de soi, ce meilleur d’elle-même qu’elle a semé dans la terre de notre humanité. Comment ne pas rendre hommage, à tous ceux aussi qui se sont engagés corps et âme dans cette pandémie, parfois au péril de leur vie. Tous, quelque soit leur métier, ont été donneur de vie, de force, et ont fait émerger des valeurs que l’on croyait mise au placard. Ils ont réveillé en nous, la capacité à nous émerveiller devant ce « prendre soin », ce « souci de l’autre ». Ils nous ont donné la force de continuer à croire et à espérer. Pour certains, ils sont signe de la grandeur de l’âme humaine, pour d’autres, le reflet d’un Dieu, proche de nous, qui nous accompagne et nous donne de devenir pleinement humain.

Rendre hommage aux personnes âgées, qui ont été balayées par la propagation du virus, mortes parfois sans une main à tenir et un visage à contempler. Entendons cet appel pressent à éduquer nos jeunes générations à découvrir la richesse de la vulnérabilité, le prix d’une existence qui vacille, à déceler dans ce regard un peu perdu, une histoire sainte qui se donne à contempler. Ce changement de mentalité est à notre porte, ne laissons pas la course au profit et la valeur du PIB nous enfermaient à nouveau.

Dans ce monde tourmenté qui nous brutalise, et qui nous remet en pression, écoutons Marie Rivier, nous interpeller lorsqu’elle dit « que le cœur de l’Homme ne peut être conduit que par la douceur, et que son caractère est de faire toute chose par amour (inclination naturelle) et rien par force ». Cette douceur, elle est là, même au milieu du chaos. Sachons la reconnaître, la développer et la mettre en action. A l’ère des intelligences multiples et collectives, laissons une place aussi aux intelligences du cœur, qui ouvrent à une conscience plus universelle, et divine pour les croyants. Une intelligence du cœur, qui comme le rappelle le Pape François cultive la gratuité, le sens et la beauté. Une intelligence du cœur qui laisse sa place, et toute sa place, aux petits, aux humiliés, aux délaissés qui luttent contre des multinationales ou des régimes politiques, dont la seule motivation est le profit ou le pouvoir, asservissant et détruisant la dignité humaine et notre terre.

Devant tous ces hommes, ces femmes et ces jeunes prenons le temps de nous arrêter, de leur rendre hommage, de « faire mémoire ». Un hommage qui reconnaît avec gratitude l’originalité de leur vie, de leur message et qui s’en nourrit, comme du bon pain. Un hommage qui peut se vivre de multiples façons créatives : artistique, ludique, humoristique, en paroles, en silence. Un hommage qui nous invite à croire en la vie, à nous engager comme eux, à laisser une trace dans le sillon de l’Humanité. Célébrons le Souffle qui les a conduits. Célébrons ceux qui ont permis que ce souffle devienne capacité à avancer au large. Capacité à avancer au large, mais aussi, capacité à descendre dans les profondeurs de l’être, pour y chercher sa vocation propre et les forces de l’accomplir.

Et moi, toi, nous, et après nous, dans tout ça ?

Y.K

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